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semaine de l'écriture

"Les longues lettres manuscrites, dont on reconnaissait immédiatement l’auteur, avant d’avoir ouvert l’enveloppe, et que l’on conservait comme des reliques, apparaissent aujourd’hui d’un autre âge.

Elles ont été remplacées par les SMS et courriels, aux graphies impersonnelles et qui peuvent s’effacer en un clic. Avec la multiplication des outils électroniques mobiles de plus en plus sophistiqués (tablettes, smartphones…), la pratique de l’écriture à la main est en train de se raréfier dans la vie quotidienne des adultes.

Même si on ne dispose pas vraiment d’enquêtes sur le sujet, elle se cantonne aux griffonnages hâtifs, aux formulaires administratifs ou à la signature de chèques. L’agenda électronique détrône peu à peu les agendas papier. La liste des courses s’élabore sur la partie « notes » du smartphone, avec moins de risque de l’oublier chez soi. Et les pattes de mouche des médecins – c’est plutôt une bonne nouvelle – se sont muées en caractères d’imprimerie.

Faut-il craindre que cette écriture ne disparaisse complètement ?

Un peu partout dans le monde, les nostalgiques du papier et du stylo tirent la sonnette d’alarme. « Au secours, l’écriture manuelle se meurt », titrait ainsi le plus grand quotidien allemand, Bild (le 27 juin), arborant sur sa « une » des articles griffonnés à la main. Les Chinois parlent de « crise » de leurs caractères et déplorent que de jeunes diplômés ne sachent plus calligraphier certains idéogrammes, même les plus courants.

En Suède, des parents s’émeuvent devant l’invasion des tablettes à l’école dès la maternelle, où beaucoup d’enfants apprennent à écrire sur écran avant de savoir former leurs lettres. Puisque l’écriture au stylo n’est plus utilisée dans la vie quotidienne des adultes, d’autres commencent à se demander s’il est bien utile de continuer à l’enseigner à l’école. Plusieurs États américains ont ainsi décidé de rendre son apprentissage optionnel, suscitant des débats houleux. 

En France, le débat s’amorce à peine et reste plus calme. Les professionnels du secteur (fabricants de stylos, d’agendas, etc.), qui organisent ces jours-ci la Semaine de l’écriture, se sentent un peu bousculés mais se veulent rassurants. « On a encore besoin d’écrire à la main », souligne Bernard Bouvet, président de l’Union professionnelle de la carte postale (UCP), indiquant que l’on vend en France en moyenne sept cartes postales par an et par personne, contre huit dans les années 1990.

L’écriture manuelle occupe toujours une place importante dans le quotidien des élèves. Certes, les enfants utilisent des outils numériques de plus en plus tôt. Et de plus en plus d’enseignants exigent dès le lycée qu’ils rendent leurs dissertations tapées sur un clavier, pour qu’elles soient plus lisibles. Mais les épreuves d’examens se rédigent quasiment toutes à la main. Et, hormis quelques rares expériences d’apprentissage précoce du clavier, les enfants consacrent encore beaucoup de temps à apprendre à tracer, dès la maternelle, leurs lettres en « bâtons », puis en « boucles » avec pleins et déliés.

 

« L’écriture manuelle cursive, une spécificité française, se maintient. Et je ne crois pas à sa disparition », assure Édouard Gentaz, professeur de psychologie du développement à l’université de Genève, auteur de La Main, le Cerveau et le Toucher. Il confirme dans son livre l’intuition de Maria Montessori : on apprend aussi avec son corps. « Dès qu’on le sollicite, en traçant avec les doigts, surlignant, etc., les performances des élèves sont améliorées, résume-t-il. Le fait de donner une forme sensori-motrice à la lettre améliore son codage visuel et facilite donc sa lecture. Beaucoup de jeunes, d’ailleurs, disent qu’ils continuent à rédiger des fiches à la main, car cela les aide à synthétiser et à mémoriser. » 

Alain Chaptal, chercheur au Lab’Sic (­Paris 13), s’attend même à un retour de ­balancier. « Les expériences pilotes de tout‑numérique menées aux États-Unis dans des ­lycées du futur, notamment à Philadelphie, ont donné des résultats catastrophiques, dit-il. On est en train de faire du rétropédalage, en revenant à des formes d’enseignement plus conventionnelles. » Une étude canadienne, publiée fin août dans Computers & Education, qui a soumis à une série de tests des étudiants qui prenaient des notes à la main et d’autres qui prenaient des notes directement sur leurs portables, a montré les effets négatifs du tout-écran sur la mémorisation et la concentration.

 « Mon pronostic est que l’écriture manuelle ne va pas disparaître, elle va se transformer, investir des espaces tactiles différents, rebasculer probablement sur le stylet et la tablette », prédit de son côté Bernard Gentaz. La vente de ces tablettes a en effet dépassé cette année celle des ordinateurs traditionnels. « Les fabricants donnent l’impulsion mais suivent aussi les tendances. Face à la rapidité des évolutions technologiques, c’est plutôt le clavier et la souris qui vont bientôt devenir obsolètes ! Il n’est donc pas utile d’apprendre la dactylo aux enfants », estime-t-il.

Les écrivains, eux non plus, n’ont pas abandonné leur stylo. Certes, l’époque où ils envoyaient leurs « manuscrits » aux maisons d’édition est depuis longtemps révolue. À moins de fouiner dans le disque dur de leur ordinateur, on perdra les traces de leurs brouillons et de leurs hésitations. Mais l’écriture manuelle n’a pas pour autant disparu de leurs pratiques, assure Claire Bustarret, codicologue (qui étudie la matérialité des écrits). « Je connais de nombreux écrivains qui ont besoin de griffonner dans des carnets… Certains impriment leur texte, pour le retravailler à la main. » Elle pense aussi que les futures tablettes graphiques vont permettre « des utilisations créatives et plus personnalisées des écrans ». 

 

Réaction à cette tyrannie des écrans ?

Les ateliers de calligraphie ont le vent en poupe. Et certains calligraphes vendent à prix d’or leurs gestes graphiques, fournissant cartes d’invitation et enseignes pour les maisons de luxe et renouant avec le métier princier des scribes. Comme Nicolas Ouchemir, 35 ans, amoureux des frottements de plume et des encres, qui vient de créer le logo du nouvel univers de Louis Vuitton, consacré à l’art épistolaire : « L’écriture est un voyage »… 

 

Entamée il y a plus de cinq mille ans, la longue histoire de l’écriture à la main n’a pas dit ni écrit son dernier mot."

 

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UNE SEMAINE POUR METTRE L’ÉCRITURE À LA UNE 

L’association « Semaine de l’écriture » organise du 7 au 13 octobre, en partenariat avec l’AMF (Association des maires de France) une série de manifestations destinées à « redonner l’envie des belles-lettres ». 40 000 affiches ont été envoyées dans les mairies et bibliothèques, qui sont incitées à organiser des expositions de « textes écrits à l’ancienne » et d’autres animations sur ce thème. 63 000 affiches ont aussi été envoyées dans les établissements scolaires, et un livret pédagogique est téléchargeable sur leur site, pour donner aux élèves « l’envie de garder dans leurs habitudes la sensation de l’écriture manuelle ».  Un concours national sur le thème du « plus beau texte » écrit est également organisé.

L’association a été créée l’an dernier par Bernard Bouvet, président de l’Union professionnelle de la carte postale, avec le mécénat des entreprises du secteur : fabricants et distributeurs de papiers, stylos, agendas, et bien sûr La Poste…

www.semainedelecriture.fr

 

CHRISTINE LEGRAND      LA CROIX 07/10/2013



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